Le Château de Ramia

Un monuments pour les forestiers ?

A prés de 2000 ans, j’en perd mon latin. On a tous un peu perdu notre latin, sans même parfois l’avoir vraiment possédé.  Je me pose la question de savoir pourquoi dans les publications savantes on ne rapproche pas Ramia de « rami », les branches. Ainsi, ce serait tout simple (trop?) d’affirmer que la dénomination  de notre château, portée par le temps, désigne littéralement l’objet lui même, à savoir un château fait de branches : ces mottes castrales qui vers le XIe siècle furent bâties en bois, défendues par des fossés et des palissades.

Un monument dans son environnement

Le plan du début du XIXe fait surgir du passé la présence d’un moulin avec son réservoir situé dans la combe en contrebas de la motte. En amont du chemin, une sagne (parcelle 265) présente une conformation qui pourrait faire penser à un autre réservoir ancien et comblé. La petite combe est drainée par un ru issu des sources dans les pentes du Bois de la Flotte qui ont fait l’objet de captages pour alimenter Cunlhat (parcelle 264). Les débits anciens devaient donc être suffisants pour envisager de remplir le réservoir nécessaire au fonctionnement d’une turbine primitive à godets.

 Mais restons prudents, le moulin du Mas du Bost ne trouve peut être pas de raisons dans la présence du site castral. Cela mérite cependant d’être considéré. Le site évoque l’accompagnement d’une mise en valeur de ces terres d’altitude au XIe siècle. « Ramia » peut également indiquer l’environnement végétal (le bosquet), soit une haie de protection (la ramée), soit encore une situation en limite d’espace forestier (la ramière occitane). [Gagnaire 2002]

« Le monument domine à l’est, le village du mas-du-Bost, sur les pentes inférieures du Bois de la Flotte, en bordure sud d’une petite combe, à 830 mètres d’altitude. Il s’agit d’un tertre circulaire obtenu par décaissement d’un large fossé amont dont la largeur maximale entre la lèvre extérieure et l’actuel sommet de la motte est de l’ordre de 15 mètres. Le fossé suivait la base du tertre où on en observe les vestiges sauf au nord-est, au droit de la combe. Un rempart de terre semble avoir protégé, en aval, le bord extérieur du fossé. L’espace sommital actuel de la motte légèrement ovalaire et incliné vers le nord-est, présente une superficie d’environ 300 mètres carrés. L’emprise au sol du monument, à l’intérieur des fossés1, est de l’ordre de 1250 mètres carrés. La motte se situe aux limites inférieures (anciennes) de l’espace forestier qui couvre les pentes de l’amphithéâtre ouvert au nord que forme le bassin de Cunlhat. La ligne des derniers villages se situe en effet en aval vers 780/800 mètres d’altitude ».

Pour Joseph Gagnaire « le site évoque l’accompagnement d’une mise en valeur des espaces boisés et terres d’altitude au XIe siècle. On peut imaginer là quelque chevalier (miles castri) ayant obtenu des Seigneurs de Pailler-Montboissier la concession d’un bien foncier ».

Moi, Cumilius, je trouverais assez cocasse au siècle XXI que les tenants  de l’exploitation forestière avec ouverture de voiries à grands coups de bulldozers s’oublient eux-mêmes en portant atteinte à un élément majeur de leur propre histoire. Cocasse aussi que la Collectivité qui a financé un beau mobilier à thème que l’on aperçoit dans la vidéo puisse envisager sans ciller l’ouverture d’une voirie à six mètres aux abords même du monument et qui plus est en zone humide normalement interdite à tout aménagement.

On en perdrait son latin, en effet…

1 la protection du site nécessite d’envisager l’étude d’un espace plus large ménageant des structures qui peuvent être associées : habitats, basse-cour, voies d’accès, systèmes hydrauliques (évoqués ci-dessus)… Beaucoup reste à faire.


Bibliographie

Les Fortifications médiévales du Pays d’Ambert et ses abords
Joseph Gagnaire – 2002